Réponse syndicale sur le dépôt d’effectifs du secteur des services de garde en milieu scolaire
12 juin 2026
Préambule syndical – Retour de consultation pour le dépôt du secteur des services de garde en milieu scolaire
Pour des services de garde en milieu scolaire forts, reconnus et à la hauteur des réalités du terrain
Par Lyne Beaudoin, présidente du Syndicat et Bryan Côté, Vice-Président du Syndicat
pour le conseil d’administration
Dans un contexte marqué par une pression croissante sur les services de garde en milieu scolaire, le présent préambule se veut une prise de position réfléchie et ancrée dans les réalités vécues par nos membres. Il traduit notre volonté de voir les décisions en matière d’effectifs s’appuyer sur les besoins réels des milieux, dans une perspective de qualité des services, de sécurité des élèves et de respect des travailleuses et travailleurs. Trop souvent, les choix organisationnels ne sont pas en corrélation avec les impératifs quotidiens, ce qui fragilise les équipes et compromet l’offre de services.
Par cette démarche, notre organisation affirme son rôle de partenaire critique, mais constructif. Nous mettons de l’avant des propositions concrètes, réalistes et nécessaires, qui visent à assurer la pérennité, la cohérence et la valorisation des services de garde en milieu scolaire. Il ne s’agit pas uniquement d’une question administrative, mais bien d’un enjeu de reconnaissance professionnelle, de conditions de travail et, ultimement, de réussite éducative pour les élèves.
Reconnaître le rôle stratégique des techniciennes et techniciens en service de garde et en milieu scolaire
Les techniciennes et techniciens en service de garde et en milieu scolaire (TSGMS) occupent un rôle névralgique dans l’organisation et la vitalité des services de garde. Véritables piliers du milieu, ils assurent une coordination essentielle, veillent au respect des normes, gèrent des situations complexes et soutiennent activement les équipes dans leurs interventions quotidiennes. Leur leadership est indéniable : ils et elles agissent comme de véritables forces rassembleuses, mobilisent les équipes dans un contexte souvent exigeant et contribuent à maintenir un climat de travail structuré, sécuritaire et cohérent.
Au-delà de ces responsabilités, ils incarnent une expertise de terrain unique, développée au fil des réalités vécues dans les milieux. Ils sont souvent les premiers à intervenir lors de situations délicates, à soutenir leurs collègues et à assurer une continuité des services malgré les contraintes organisationnelles. Leur rôle de leader de proximité est essentiel pour maintenir l’équilibre des équipes et préserver la qualité des services offerts aux élèves.
Toutefois, le contexte actuel, marqué par un gel d’embauche touchant de manière significative les fonctions administratives, a des répercussions directes sur le travail des TSGMS. En l’absence de ressources administratives suffisantes, une partie croissante des tâches leur est transférée, alourdissant considérablement leur charge de travail. Cette redistribution implicite des responsabilités crée une pression supplémentaire sur ces personnes, qui doivent assumer des fonctions élargies sans que les moyens ou la reconnaissance associée ne suivent.
Cette situation contribue non seulement à une surcharge accrue, mais détourne également les TSGMS de leurs responsabilités premières liées à la coordination, au soutien des équipes et à la qualité des services de garde éducatifs. À terme, cela fragilise l’équilibre des milieux, accentue les risques d’épuisement et compromet l’efficacité globale de l’organisation des services de garde.
Les éducatrices et éducateurs classe principale : une ressource essentielle et polyvalente
Les éducatrices et éducateurs en milieu scolaire, classe principale (EMSCP), représentent une ressource stratégique incontournable pour les services de garde. Leur grande adaptabilité leur permet d’intervenir efficacement dans une variété de contextes, que ce soit pour soutenir les équipes sur le terrain, prendre en charge des groupes ou intervenir auprès d’élèves présentant des besoins particuliers. Leur présence assure une réponse rapide et adaptée aux imprévus qui jalonnent le quotidien des milieux.
Au-delà de leur implication terrain, ils contribuent également de manière significative au volet organisationnel et administratif. Ils participent à la planification, à l’encadrement des pratiques et au soutien des collègues, notamment en accompagnant les nouvelles recrues et en favorisant la cohérence des interventions. Cette double contribution en fait des acteurs clés pour assurer la qualité et la continuité des services. Chaque service de garde devrait pouvoir bénéficier d’une telle ressource, reconnue, stable et intégrée à la structure. Leur absence crée un vide qui se répercute directement sur la charge de travail des équipes et sur la qualité des services offerts.
L’aide à la classe : un levier concret pour soutenir les milieux et les élèves
L’introduction de l’aide à la classe a marqué un tournant significatif pour les milieux scolaires. Ce service unique a permis de renforcer concrètement le soutien offert aux élèves, tout en favorisant une meilleure intégration du personnel éducateur dans les équipes-écoles. Il a également permis de répondre à des besoins criants en matière de services, particulièrement dans des contextes de groupes plus complexes ou hétérogènes.
Son apport est tangible : il contribue à alléger la pression sur les intervenants, favorise un meilleur encadrement des élèves et améliore la qualité des interventions auprès de ces derniers. Toutefois, pour maintenir son efficacité, il est essentiel d’en préserver l’intégrité. L’aide à la classe doit demeurer centrée sur sa mission première et ne pas être détournée vers des tâches connexes ou de remplacement. Une utilisation rigoureuse et respectueuse de ce rôle est indispensable pour assurer sa pérennité et maximiser ses retombées positives dans les milieux.
Dans cette perspective, il est également essentiel de respecter le temps prévu lors des journées pédagogiques afin de favoriser de véritables moments d’échange et de concertation entre l’équipe-classe. Ces espaces permettent d’assurer une meilleure cohérence dans les interventions, de partager les réalités vécues auprès des élèves et de renforcer la collaboration entre les différents intervenants. Ne pas préserver ces moments de travail collectif revient à limiter l’impact positif de l’aide à la classe et à affaiblir les liens nécessaires à un accompagnement cohérent et structuré des élèves.
Un rôle éducatif à valoriser au cœur des activités offertes
Les membres du service de garde en milieu scolaire assument un rôle éducatif structurant qui mérite une reconnaissance pleine et entière. Par la conception d’activités adaptées aux réalités des groupes, ils créent des moments riches, signifiants et souvent complémentaires à ceux vécus en classe. Leur intervention permet de rejoindre les élèves autrement, dans des moments où la flexibilité, l’observation et l’approche individualisée prennent toute leur importance.
À travers leurs pratiques, ils développent des environnements favorisant l’expérimentation, la résolution de problèmes, la coopération et l’expression de soi. Ils interviennent également de manière proactive dans le développement des habiletés sociales et émotionnelles, contribuant à prévenir certaines difficultés et à soutenir l’inclusion de tous les élèves. Ce rôle, souvent exercé dans des contextes complexes et changeants, exige des compétences professionnelles solides, une capacité d’adaptation constante et un jugement éclairé.
Le service de garde constitue ainsi un espace éducatif distinct, mais pleinement complémentaire à la classe, où les apprentissages se poursuivent sous différentes formes. Il est donc essentiel de reconnaître que les interventions réalisées dans ce cadre participent activement au parcours éducatif des élèves. Valoriser ce rôle, c’est non seulement reconnaître l’expertise du personnel éducateur, mais aussi affirmer l’importance d’une approche globale et cohérente du développement de l’enfant au sein de l’école.
Le temps de PPOR : un espace essentiel de concertation et de développement
Le temps de planification, de préparation, d’organisation et de rencontres (PPOR) représente un levier indispensable pour assurer la qualité des services de garde. Il permet aux équipes de se concerter, d’échanger sur les pratiques, de planifier des activités structurantes et d’adapter leurs interventions aux besoins spécifiques des élèves. Ce temps favorise également la cohésion d’équipe et la circulation de l’information, deux éléments essentiels au bon fonctionnement des milieux et à la stabilité des pratiques.
En plus de soutenir l’organisation quotidienne, le PPOR permet une réflexion professionnelle essentielle au développement et à l’amélioration continue des pratiques éducatives. Il offre un espace pour analyser les situations vécues, ajuster les interventions et consolider les approches éducatives de manière cohérente et concertée. Il contribue ainsi directement à renforcer la qualité, la constance et la pertinence des services offerts aux élèves.
Sans cet espace, les interventions deviennent trop souvent improvisées, la communication se fragilise et la pression individuelle sur les membres des équipes augmente considérablement. L’absence ou la réduction de ce temps compromet non seulement l’efficacité organisationnelle, mais aussi la capacité des équipes à répondre adéquatement à des réalités de plus en plus complexes.
Il est donc impératif de protéger ce temps, d’en assurer l’accessibilité réelle et de le reconnaître comme un outil structurant incontournable. Le PPOR ne doit pas être perçu comme un privilège, mais bien comme une condition essentielle à une prestation de services rigoureuse, professionnelle et cohérente, à la hauteur des attentes et des besoins des élèves comme du personnel. À cet effet, il est tout aussi essentiel que ce temps ne soit pas fragmenté ou remplacé par d’autres obligations, notamment des formations. Bien que celles-ci soient importantes, elles ne doivent pas être planifiées à même ces périodes, puisque le PPOR constitue un espace précieux, irremplaçable et déjà insuffisant pour permettre une véritable concertation et une planification de qualité au sein des équipes.
Le respect du ratio : une condition incontournable de qualité et de sécurité
Le respect du ratio en service de garde constitue une base fondamentale pour assurer des services sécuritaires et de qualité. Rappelons que le Règlement sur les services de garde en milieu scolaire (RLRQ, c. I‑13.3, r. 11. ) établit clairement la présence d’un membre du personnel éducateur pour un maximum de 20 élèves. Cette norme s’inscrit dans une logique de santé et sécurité, tant pour le personnel que pour les enfants, et vise à garantir un encadrement adéquat dans l’ensemble des situations vécues au quotidien.
Dépasser ce ratio entraîne des impacts importants et bien documentés sur le terrain. Cela limite la capacité du personnel à assurer une surveillance constante et efficace, réduit la qualité des interactions éducatives et augmente les risques d’incidents. Pour les équipes, cela se traduit par une surcharge de travail, une pression accrue et un épuisement professionnel grandissant. Pour les élèves, cela peut engendrer un encadrement moins personnalisé et une diminution du sentiment de sécurité.
Le respect de ce ratio doit donc être considéré comme une limite maximale non négociable. Toute dérogation ou tolérance à son dépassement compromet non seulement la qualité des services, mais également la sécurité des milieux. Il est essentiel que des mesures concrètes soient mises en place afin d’assurer son application rigoureuse en tout temps, et ce, dans l’intérêt collectif des élèves comme du personnel.
Intégrer pleinement le service de garde à la vie de l’école
Le service de garde doit être reconnu comme un acteur à part entière de la communauté éducative. Il ne peut plus être considéré comme un service périphérique ou complémentaire, alors qu’il joue un rôle central et quotidien dans la trajectoire éducative des élèves. Les éducatrices, éducateurs ainsi que les techniciennes et techniciens contribuent activement au développement global des jeunes, tant sur le plan social, comportemental qu’affectif, et leur expertise doit être pleinement reconnue dans les instances de l’école.
À cet effet, il est essentiel que le personnel du service de garde soit systématiquement intégré aux espaces de concertation et de prise de décision. Cela inclut leur participation aux rencontres de plans d’intervention, aux assemblées générales, ainsi qu’aux différents comités qui ont un impact direct sur leur travail et sur les services offerts aux élèves. Leur présence permet d’apporter un éclairage complémentaire, ancré dans des moments clés de la journée des élèves souvent méconnus des autres intervenants.
Cette participation active favorise une cohérence accrue dans les interventions, une meilleure circulation de l’information et une compréhension partagée des besoins des élèves, en particulier ceux présentant des défis spécifiques. Elle contribue également à renforcer la collaboration entre les différents corps d’emploi, à briser les silos organisationnels et à instaurer une véritable culture de travail d’équipe au sein des établissements.
Au-delà de ses impacts organisationnels, l’intégration du service de garde constitue un levier important de reconnaissance professionnelle. Elle envoie un message clair quant à la valeur du travail accompli et au rôle essentiel que joue ce personnel dans la réussite éducative. À l’inverse, leur exclusion des instances décisionnelles contribue à invisibiliser leur contribution, à fragiliser leur sentiment d’appartenance et à appauvrir la qualité des décisions prises.
Il est donc impératif que des mécanismes formels et durables soient mis en place afin d’assurer cette intégration, et ce, dans tous les établissements. Reconnaître pleinement le service de garde dans la vie de l’école, c’est faire le choix d’un milieu plus cohérent, plus inclusif et plus respectueux de l’ensemble des expertises qui le composent, au bénéfice direct des élèves.
Une réalité complexe : la violence en milieu scolaire
La violence en milieu scolaire constitue une réalité préoccupante qui s’inscrit dans un contexte multifactoriel. Elle ne peut être réduite à des situations isolées, mais doit plutôt être comprise à la lumière de multiples facteurs, qu’ils soient sociaux, familiaux, organisationnels ou liés aux ressources disponibles dans les milieux. Dans les services de garde, cette réalité se manifeste souvent dans des moments où le cadre est plus souple et où les services sont réduits. Face à cette complexité, il est essentiel d’offrir aux équipes des conditions leur permettant d’intervenir de manière sécuritaire, cohérente et structurée. Cela passe inévitablement par une reconnaissance accrue de leur rôle ainsi que des ressources suffisantes pour prévenir et intervenir efficacement. Ne pas tenir compte de ces réalités, c’est exposer tant les élèves que le personnel à des situations à risque et compromettre la qualité des services offerts.
Assurer un filet de sécurité pour les élèves HDAA en service de garde
Il est primordial de s’assurer que les services destinés aux élèves handicapés ou en difficulté d’adaptation ou d’apprentissage (HDAA) se prolongent de manière cohérente au service de garde. Ces élèves ne cessent pas d’avoir des besoins à la fin des heures de classe. Au contraire, le contexte du service de garde, souvent moins structuré, peut nécessiter un encadrement encore plus adapté.
Le service de garde doit donc faire partie intégrante du filet de sécurité entourant ces élèves. Cela implique la présence de ressources suffisantes, une transmission efficace de l’information entre les intervenants et une planification adaptée des interventions. Négliger cet aspect crée des bris de service qui peuvent compromettre les progrès des élèves et augmenter les situations à risque. Une approche concertée et continue est essentielle pour assurer leur bien-être et leur réussite.
Conclusion : Un engagement pour des services de qualité et des conditions respectées
Dans un contexte de pressions croissantes et de pénurie de main-d’œuvre, il est impératif d’adopter une approche à la fois rigoureuse, structurée et profondément humaine. Les enjeux soulevés ne peuvent être ignorés : ils exigent des actions concrètes, rapides et durables. La reconnaissance des rôles, l’ajout de ressources et l’amélioration des conditions de travail sont des conditions essentielles à la stabilité et à l’attractivité des milieux.
Notre organisation réaffirme son engagement à défendre des services de garde éducatifs de qualité, portés par des équipes reconnues, soutenues et valorisées. Nous croyons fermement que la qualité des services offerts aux élèves passe inévitablement par la qualité des conditions de travail du personnel.
C’est en agissant dès maintenant, avec détermination, solidarité et respect, que nous pourrons bâtir des milieux plus forts et plus durables.