Réponse syndicale sur le dépôt d’effectifs du secteur général
28 avril 2026
Préambule syndical – Retour de consultation pour le dépôt du secteur général
Un dépôt d’effectifs qui fragilise le réseau
Par Lyne Beaudoin, présidente du Syndicat et Bryan Côté, Vice-Président du Syndicat
pour le conseil d’administration
Le dépôt des effectifs qui nous est présenté pour la prochaine année scolaire soulève de profondes inquiétudes. Ce dépôt, marqué par des coupures de plus de 800 heures par semaine, tous corps d’emploi confondus, constitue un recul majeur pour le secteur général et s’inscrit à contre-courant des besoins réels et grandissants de nos milieux scolaires. Ces nouvelles compressions s’ajoutent à celles imposées au cours des dernières années, accentuant une érosion déjà bien amorcée des services et des conditions de travail. Derrière ces chiffres se cachent des charges de travail alourdies, des services fragilisés, une expertise perdue et, ultimement, une pression accrue sur un personnel déjà à bout de souffle.
Ce dépôt donne l’impression que le centre de services scolaire est appelé à faire plus avec moins, sans vision structurante, sans plan à long terme et sans considération réelle pour les conséquences humaines et organisationnelles. Il s’agit de l’un des pires dépôts d’effectifs du secteur général de la dernière décennie, et ce, à tous les niveaux. Or, le secteur de l’éducation ne peut être géré à coups de compressions successives sans mettre en péril sa mission fondamentale.
Surcharge de travail, perte d’expertise et bris de services appréhendés
Les coupures annoncées entraîneront des répercussions concrètes et immédiates dans les écoles, les services et les centres. La réduction des heures entraîne mécaniquement une surcharge de travail, forçant les équipes en place à compenser l’absence de collègues, sans les ressources ni le temps nécessaire.
Cette surcharge chronique favorise l’épuisement professionnel, la démobilisation et les départs prématurés, accentuant ainsi une perte d’expertise déjà préoccupante. Chaque poste coupé, chaque heure retranchée représente une expérience, un savoir-faire et une connaissance du milieu qui disparaissent.
Cette situation compromet la qualité des services offerts aux élèves, des parents, au personnel scolaire et à l’ensemble de la communauté. Elle augmente également les risques de bris de services, dans un contexte où les besoins sont pourtant en croissance, notamment en matière d’inclusion, de sécurité, de gestion administrative et de soutien aux équipes-écoles.
Attraction, rétention et relève : une équation impossible
Comment prétendre vouloir attirer et retenir la relève dans un tel contexte ? Le discours gouvernemental et organisationnel sur l’attraction de la main-d’œuvre se heurte ici à une réalité tout à fait contradictoire. Les compressions, le gel d’embauche et l’instabilité des effectifs envoient un message clair : le secteur général n’est pas prioritaire, et le travail accompli par le personnel de soutien demeure insuffisamment reconnu.
Cette situation nuit directement à notre capacité de recruter du personnel qualifié. Les conditions offertes deviennent de moins en moins attrayantes, tant sur le plan de la charge de travail que sur celui de la reconnaissance professionnelle. Pourtant, le centre de services scolaire s’est lui‑même donné le mandat de travailler activement sur le bien‑être de son personnel, reconnaissant l’importance de celui‑ci dans la performance organisationnelle et la réussite de la mission éducative. Or, les choix actuels vont à l’encontre de cet engagement et fragilisent les équipes sur le terrain.
Investir dans l’éducation, c’est aussi investir dans les femmes et les hommes qui la font vivre. En négligeant le personnel de soutien, en alourdissant les tâches et en réduisant les effectifs, on compromet le bien‑être individuel et collectif des travailleuses et travailleurs, on hypothèque l’avenir du réseau et on accentue davantage la pénurie de main-d’œuvre.
L’intelligence artificielle : un virage à encadrer, non à subir
Par ailleurs, nos milieux scolaires vivent une arrivée massive et rapide de l’intelligence artificielle dans les pratiques administratives, organisationnelles et pédagogiques. Si ces outils peuvent représenter un potentiel intéressant, leur intégration ne peut se faire sans balises claires, encadrement rigoureux et dialogue avec l’ensemble des parties.
Nous réaffirmons que l’intelligence artificielle ne doit en aucun cas servir à remplacer le personnel, ni à justifier des coupures de postes ou des compressions d’heures. Elle doit plutôt être envisagée comme un outil complémentaire, au service du travail humain, permettant de soutenir les tâches, d’améliorer l’efficacité et de libérer du temps pour des interventions à valeur ajoutée.
Sans encadrement clair, ces technologies risquent d’accentuer la déshumanisation du travail, de créer de nouvelles formes de surcharge invisible et d’aggraver les inégalités entre les milieux. Le leadership du centre de services scolaire est ici essentiel pour baliser, protéger et accompagner adéquatement les travailleurs et travailleuses concernés.
Le personnel de soutien manuel et d’entretien : des piliers trop souvent invisibles
Il est essentiel de rappeler l’importance du personnel de soutien manuel et d’entretien, dont la contribution est indispensable au bon fonctionnement de nos établissements. Ces travailleuses et travailleurs accomplissent un travail colossal, essentiel à la sécurité, à la salubrité et au bien-être des élèves comme du personnel.
Ils et elles sont les gardiens des milieux de vie, ceux qui permettent aux écoles de fonctionner dans des conditions sécuritaires et humaines. Pourtant, leur contribution demeure trop souvent banalisée, alors même que les exigences augmentent : bâtiments vieillissants, ajouts de modulaires, exigences accrues en matière de santé et sécurité.
Il est également important de souligner le rôle stratégique des techniciennes et techniciens en bâtiment, qui œuvrent trop souvent dans l’ombre, mais dont l’expertise est déterminante pour l’harmonisation, la planification et l’avancement des projets immobiliers. Ils assurent le suivi des travaux, la conformité des infrastructures et la cohérence entre les besoins des milieux et les interventions réalisées.
Réduire les effectifs dans ces secteurs, c’est fragiliser directement les milieux scolaires et exposer les communautés à des risques évitables.
Le service des transports : un rouage essentiel du quotidien scolaire
Il convient de souligner le rôle crucial du service des transports, un métier de l’ombre dont l’importance est trop souvent sous-estimée. Par leur expertise et leur rigueur, ces travailleuses et travailleurs assurent la planification, l’organisation et le suivi du transport scolaire, en étroite collaboration avec de nombreux partenaires externes.
Leur travail est déterminant pour garantir la sécurité des élèves, la fluidité des opérations et le respect des horaires, tout en contribuant directement au bon fonctionnement quotidien des établissements. Sans cet apport discret mais fondamental, l’accès à l’école et l’équité des services sur l’ensemble du territoire seraient sérieusement compromis.
Le personnel administratif, un atout essentiel
Il importe également de rappeler le rôle fondamental du personnel administratif dans la vie scolaire et le fonctionnement quotidien de nos établissements. Ces travailleuses et travailleurs assurent la planification, l’organisation et la continuité des services, tout en constituant bien souvent le premier point de contact pour les élèves, les parents et le personnel. Par leur présence constante et leur connaissance fine des milieux, ils et elles contribuent activement à instaurer un climat de confiance, de stabilité et d’efficacité.
Leur expertise, leur rigueur et leur polyvalence sont essentielles au bon déroulement des activités scolaires et à la stabilité des équipes. Toute réduction de leurs effectifs ou tout alourdissement de leur tâche fragilise directement la qualité des services offerts, ralentit les processus organisationnels et accentue la pression sur l’ensemble du réseau, au détriment de la mission éducative.
Le travail des techniciennes et techniciens en organisation scolaire est au cœur de la planification et de la gestion efficace des services éducatifs. Par leur expertise, ils assurent la répartition des ressources, la gestion des horaires et l’organisation des services en fonction des besoins réels des établissements. Or, avec l’augmentation constante de la clientèle, il est inadmissible que les effectifs dans ce corps d’emploi n’aient pas suivi la croissance des besoins. Cette situation engendre une surcharge de travail importante et de bris de services. Reconnaître pleinement leur rôle passe nécessairement par un renforcement des effectifs afin de soutenir adéquatement la mission éducative.
Les loisirs et la vie étudiante : un levier essentiel à valoriser
Nous tenons à rappeler l’importance des loisirs et de la vie étudiante dans les écoles secondaires, lesquels constituent bien plus qu’un simple ajout à l’offre scolaire. Le sport, les activités parascolaires et les projets étudiants jouent un rôle déterminant dans le développement global des jeunes, tant sur le plan social, émotionnel que citoyen.
Ces activités permettent de former de futurs citoyens engagés, mobilisés et passionnés, en favorisant l’apprentissage de valeurs essentielles telles que le respect, la solidarité et le dépassement de soi. Elles contribuent également au sentiment d’appartenance à l’école, à la persévérance scolaire et à la réussite éducative. Les compressions qui affectent ce volet mettent en péril une dimension essentielle de la vie scolaire et fragilisent un levier incontournable de mobilisation et d’épanouissement des élèves; elles doivent, à ce titre, être dénoncées avec vigueur.
La sous-traitance : une orientation préoccupante
Le recours à la sous-traitance fragilise la qualité et la continuité des services en milieu scolaire et va à l’encontre d’une gestion publique responsable. En externalisant des fonctions essentielles, on affaiblit l’expertise interne et on perd une connaissance précieuse des réalités propres aux établissements. Le personnel à l’interne possède un savoir-faire, une stabilité et une compréhension des milieux qui ne peuvent être remplacés par des ressources externes.
Au-delà des compétences, ces travailleuses et travailleurs démontrent un fort attachement à l’organisation et un engagement réel envers la mission éducative. Miser sur la sous-traitance, c’est faire un choix à court terme qui compromet la cohésion des équipes et la qualité des services. Il est essentiel de maintenir et de valoriser le personnel interne afin de préserver l’expertise, la stabilité et le caractère humain du réseau scolaire.
Le gel d’embauche : une décision injustifiable
Le gel d’embauche a des impacts majeurs et destructeurs dans nos milieux. Il doit être clairement dénoncé par l’ensemble des acteurs du réseau afin d’envoyer un message fort au gouvernement : cette décision ne fait aucun sens et fragilise directement la capacité du réseau scolaire à remplir sa mission. Les effets se font sentir quotidiennement sur le terrain, tant en matière de surcharge de travail que de qualité des services offerts.
On parle d’optimisation, mais nous vivons plutôt une désertion, un appauvrissement des équipes et un manque flagrant de vision à long terme. Cette approche met en péril la capacité du réseau à répondre aux besoins actuels et futurs, tout en aggravant la crise de main-d’œuvre. Il est plus que temps de se renouveler dans nos façons de faire, d’adopter des stratégies audacieuses et concertées pour attirer, intégrer et retenir le personnel, et de mettre en place des solutions durables afin de combler les postes vacants. Sans cette volonté de se projeter vers l’avenir, le réseau scolaire continuera de s’éroder, au détriment des élèves, des travailleuses et travailleurs, et de l’ensemble de la société.
Le centre de services scolaire : une institution au cœur de la communauté
Le centre de services scolaire n’est pas une simple entité administrative. Il constitue une institution publique essentielle, profondément enracinée au cœur de la communauté, et porteuse de responsabilités et de devoirs envers les travailleuses et travailleurs qui en assurent la mission éducative au quotidien. À ce titre, il joue un rôle structurant non seulement pour les élèves, mais également pour l’ensemble de la société québécoise.
Faire preuve de leadership, dans le contexte actuel, signifie refuser la logique de l’austérité permanente, dénoncer les décisions gouvernementales incohérentes et défendre activement les ressources humaines et matérielles nécessaires au bon fonctionnement du réseau. Il est également fondamental de rappeler que les enjeux liés à la main-d’œuvre, et plus particulièrement ceux touchant le bien-être du personnel, constituent un axe majeur et un point fort du Plan d’engagement vers la réussite (PEVR). Le bien-être au travail, en contribuant tant au mieux-être individuel que collectif des équipes, favorise l’engagement, la rétention et la qualité des services offerts. L’éducation doit ainsi demeurer inclusive, bienveillante, ouverte et humaine, guidée par une vision à long terme et alignée avec les valeurs fondamentales de justice sociale, d’équité et de solidarité qui fondent la société québécoise.
Conclusion : investir maintenant pour ne pas compromettre demain
Au‑delà des corps d’emploi explicitement nommés dans ce préambule, nos préoccupations concernent l’ensemble des travailleuses et travailleurs du secteur général. Qu’il s’agisse des apparitrices et appariteurs, des surveillantes et surveillants d’élèves, des techniciennes et techniciens en arts graphiques, et de bien d’autres, tous subissent, à divers degrés, les effets de coupures récurrentes et d’un sous-investissement chronique. La force et la richesse du secteur général résident dans sa diversité de corps d’emploi, complémentaires et indispensables au bon fonctionnement du réseau scolaire. Or, dans le contexte actuel, cette diversité est fragilisée, car tout le monde y passe, sans égard au rôle stratégique que chacun joue dans la mission éducative. Cette réalité doit être nommée et dénoncée avec vigueur.
Cela étant dit, le dépôt des effectifs laisse place à une profonde inquiétude quant à l’avenir du secteur général et à la capacité réelle de notre réseau scolaire de maintenir des services de qualité. Les orientations proposées traduisent un désengagement préoccupant et témoignent d’une vision à court terme incompatible avec l’ampleur des défis auxquels font face nos milieux. Il est impératif d’investir adéquatement, durablement et stratégiquement dans ce secteur névralgique, afin d’assurer la stabilité des équipes, la continuité des services et la pérennité du système scolaire québécois.
À l’heure où l’on demande à l’école d’être inclusive, bienveillante, sécuritaire et ouverte sur sa communauté, il est incohérent de fragiliser celles et ceux qui en assurent le fonctionnement quotidien. Le personnel de soutien constitue une richesse collective, une expertise essentielle et un pilier incontournable de la réussite éducative. Aucune réforme, aucune innovation, aucun projet porteur ne peut voir le jour sans leur contribution active et leur engagement constant.
Nous ne devons jamais oublier que sans le personnel de soutien scolaire, qui porte l’école québécoise à bout de bras jour après jour, celle-ci est en péril. Défendre ces travailleuses et travailleurs, c’est bien plus que protéger des postes : c’est défendre une vision forte de l’éducation publique, ancrée dans les valeurs de justice sociale, de solidarité et de responsabilité collective. Investir maintenant dans le secteur général, c’est faire le choix de l’avenir, plutôt que de gérer les conséquences de l’inaction demain.